Acompte, annulation, no-show : que dit la loi ? (conditions générales, preuves)
En salon de coiffure, chaque rendez-vous (coupe homme, coupe femme, brushing, coloration, balayage, patine, décoloration, lissage, chignon mariage, prestations barbier) bloque un créneau, mobilise une équipe, un fauteuil, parfois des produits. Quand un client annule au dernier moment ou ne se présente pas (no-show), la perte peut être réelle. La bonne nouvelle : vous pouvez encadrer ces situations, à condition d’être clair, cohérent et surtout capable d’en apporter la preuve.
1) Acompte, arrhes, avance : les mots changent les règles
Dans le langage courant, on dit “acompte” pour toute somme demandée à la réservation. Juridiquement, on distingue surtout :
- Les arrhes : c’est une somme qui “sécurise” la réservation mais laisse une faculté de se désister. Si le client annule, il perd les arrhes. Si le professionnel annule, il doit en principe restituer le double.
- L’acompte : c’est un premier paiement sur le prix total, qui traduit un engagement ferme des deux côtés (client et salon). L’annulation peut alors relever de l’inexécution du contrat, avec des conséquences qui se gèrent souvent au cas par cas.
Point clé pour les salons (pro / consommateur) : si rien n’est précisé, les sommes versées d’avance sont présumées être des arrhes. Autrement dit, si vous encaissez “10 € de réservation” sans qualifier la somme, vous retombez généralement sur le régime des arrhes. Pour éviter les litiges, il faut donc nommer clairement ce que vous encaissez (arrhes ou acompte) sur le parcours de réservation, le reçu, et les conditions générales.
2) Annulation client : ce que vous pouvez encadrer concrètement
En pratique, beaucoup de salons choisissent un système simple : arrhes + règles d’annulation. C’est souvent plus lisible pour la clientèle, surtout pour les prestations longues (balayage, lissage, transformation couleur, extensions, coiffure événementielle).
Exemples de règles “compréhensibles” (à adapter à votre organisation) :
- Annulation > 48 h : remboursement des arrhes ou report sans frais.
- Annulation 48 h à 24 h : report possible selon disponibilités, ou conservation partielle si vous le prévoyez clairement.
- Annulation < 24 h : arrhes conservées (car le créneau est difficile à replacer).
Avec un acompte, la logique est différente : vous indiquez que la réservation est ferme. Mais attention : plus vous “durcissez” la règle (exiger 100% du prix en cas d’annulation, pénalités élevées), plus vous augmentez le risque de contestation, notamment si la clause est jugée déséquilibrée ou insuffisamment expliquée. La prudence consiste à rester proportionné et à privilégier des mécanismes acceptables (report, avoir, ou arrhes clairement qualifiées).
3) No-show : peut-on facturer un rendez-vous non honoré ?
Le no-show est souvent traité comme une annulation tardive. Le scénario le plus simple (et le plus défendable dans la vie d’un salon) est :
- Si vous avez encaissé des arrhes : vous les conservez, conformément à votre politique affichée et acceptée.
- Si vous n’avez rien encaissé : “facturer après coup” un client qui ne vient pas est plus risqué. Sans base contractuelle claire, cela peut créer un conflit et être difficile à recouvrer.
Si vous souhaitez prévoir des frais de no-show au-delà d’une somme versée, la sécurité passe par : une clause très claire, portée à la connaissance du client avant la réservation, un montant raisonnable, et des preuves solides d’acceptation. Sinon, la clause peut être discutée ou écartée. Beaucoup de salons choisissent donc une voie “simple” : arrhes (ou acompte raisonnable) + report possible selon le délai.
4) Conditions générales : les 8 mentions qui protègent vraiment un salon
Que vous utilisiez un logiciel de réservation, un DM Instagram, un appel téléphonique ou une prise de rendez-vous à l’accueil, vos règles doivent exister sous forme écrite (CGV, politique d’annulation, affiche, page web). Pensez à inclure :
- Nature de la somme : “arrhes” ou “acompte” (sans ambiguïté).
- Montant (fixe ou %), et sur quelles prestations (balayage, lissage, mariage…).
- Délai d’annulation (24/48 h…) et conséquence (report, conservation, remboursement).
- Retard : tolérance, réduction de prestation possible, ou report si retard important.
- Cas particuliers : maladie, force majeure, fermeture exceptionnelle (précisez le traitement : report prioritaire, remboursement…).
- Mode de preuve : confirmation envoyée (SMS/email) + rappel.
- Modalités de remboursement (délai, moyen de paiement initial).
- Contact pour annuler / déplacer (téléphone, messagerie, outil de réservation).
5) Preuves : ce qui compte en cas de litige
Dans un conflit “arrhes / acompte / no-show”, l’enjeu n’est pas seulement la règle : c’est la preuve. Les éléments utiles (à conserver) :
- Capture/trace de la page de réservation avec la politique d’annulation.
- Case à cocher “J’ai lu et j’accepte…” + horodatage + IP (si réservation en ligne).
- Email/SMS de confirmation (date, heure, prestation, montant, rappel des conditions).
- Ticket/justificatif mentionnant “ARRHES” ou “ACOMPTE” + montant.
- Historique de conversation (message, DM) où le client valide le rendez-vous et la règle.
Astuce terrain : pour les gros services (balayage, lissage, transformation couleur), envoyez un message type : “Rendez-vous confirmé, arrhes de X € (déduites du total). Annulation < 24 h : arrhes conservées.” C’est court, lisible, et très “preuve-friendly”.
À retenir (version salon)
- Décidez si vous voulez des arrhes (souvent plus simples) ou un acompte (engagement plus ferme).
- Écrivez une politique d’annulation/no-show claire et proportionnée.
- Faites accepter la règle avant le rendez-vous, et gardez les preuves.
Avertissement
Cet article est fourni à titre informatif et général pour les professionnels de la coiffure. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas la lecture des textes officiels ni le conseil d’un professionnel (avocat, juriste, organisation professionnelle). Les règles peuvent évoluer et leur application dépend des faits (mode de réservation, rédaction des CGV, qualification “arrhes” ou “acompte”, etc.). Avant de mettre en place une politique d’acompte/no-show, vérifiez votre rédaction et vos pratiques auprès de sources officielles et/ou de votre conseil.
Sources
- Légifrance — Code de la consommation, chapitre “Arrhes et acomptes” (L214-1 à L214-3)
- Légifrance — Code civil, article 1590 (arrhes)
- Service-Public — Acompte, avance, arrhes et avoir : quelles différences ?
- DGCCRF — Acompte, arrhes, avoir (fiches pratiques)
- DGCCRF — Clauses abusives : rappels et exemples


