Évolution du marché de la coiffure : tendances, chiffres et opportunités (2024-2026)
Le marché de la coiffure n’a jamais été aussi paradoxal : d’un côté, les clients veulent des résultats “waouh” (brillance, tenue du brushing, balayage ultra fondu, patine parfaite, diagnostic cuir chevelu), de l’autre, ils arbitrent davantage leurs dépenses. Résultat : la profession avance sur une ligne de crête entre hausse des tarifs, recherche de rentabilité, et nécessité de proposer une vraie expérience salon (accueil, conseil, rituels au bac, soins, personnalisation).
Voici une lecture claire de l’évolution du secteur, avec des pistes concrètes pour les salons (indépendants, sous enseigne, à domicile, barbiers).
1) Un marché solide… mais plus “tendu” dans la fréquentation
Après la période post-crise sanitaire où l’activité avait été très dynamique, on observe une normalisation, avec un contexte de consommation plus prudent. Les données professionnelles indiquent par exemple qu’en 2024, le chiffre d’affaires TTC “tous types de clients” recule de -2,75% vs 2023, avec une baisse de fréquentation (nombre de visites en recul) et une “fiche” moyenne globalement stable/légèrement en baisse selon les segments.
En parallèle, le tissu économique continue d’évoluer : fin 2024, le secteur compte 111 177 établissements (hausse annoncée de +2% vs 2023) et un poids important de la coiffure à domicile.
Ce que ça raconte “terrain” :
- plus de concurrence locale (plus d’établissements),
- des clients qui espacent parfois leurs rendez-vous,
- un besoin de mieux piloter planning, panier moyen et taux de transformation (soins, revente, rituels).
2) Le prix devient un sujet central : l’inflation change les comportements
Le poste “coiffure / esthétique” fait partie des services suivis par les statistiques d’inflation. Sur le terrain, cela se traduit par :
- des augmentations de tarifs (souvent nécessaires pour absorber charges et salaires),
- des clients qui demandent plus de visibilité (“combien va coûter mon balayage ?”, “quel entretien ?”),
- une attente de justification par la valeur (diagnostic, technique, temps passé, expertise coloriste).
Pour suivre l’évolution des prix dans le temps, on peut s’appuyer sur les séries publiques (indice des prix “salons de coiffure et esthétique”). (webstat.banque-france.fr)
Bon réflexe salon : afficher des fourchettes claires (ex : décoloration + patine + soin), proposer des options d’entretien (gloss/toner, masque, soin profond), et cadrer les temps (diagnostic + devis avant application).
3) Le segment masculin continue de tirer une partie de la croissance
Même si la clientèle femme reste majeure en valeur, le marché homme prend de la place (coupe plus régulière, entretien barbe, dégradés, fades, services barbier). Le rapport de branche souligne aussi l’importance des prestations masculines (et l’existence d’une part “barbe/moustache” mesurée dans les habitudes).
Opportunités concrètes :
- packs “coupe + barbe”,
- rituels rapides au bac (shampooing + massage cuir chevelu),
- abonnement / cartes de fidélité sur fréquence (toutes les 3-4 semaines).
4) La “premiumisation” par l’expérience : bac, soins, cuir chevelu, head spa
La tendance de fond, c’est la montée des prestations à valeur ajoutée :
- soins profonds (réparation, hydratation, bond builder selon marques),
- rituels cuir chevelu (gommage, detox, massage),
- services “expérience” au bac (ambiance, confort, parfois bac massant, serviette chaude).
Ce mouvement est cohérent avec une consommation plus orientée “expérience”, même quand les ménages arbitrent. (Le Monde.fr)
Idée simple à mettre en place : créer 2 à 3 niveaux de shampooing/soin :
- Shampooing technique inclus
- Rituel soin (10 min) : massage + masque + serviette chaude
- Rituel premium (15-20 min) : diagnostic cuir chevelu + soin ciblé + massage + finition sérum
5) Revente et produits capillaires : moins “automatique”, plus stratégique
Historiquement, beaucoup de salons comptaient sur la revente de produits (shampooing, masque, spray thermo-protecteur). Aujourd’hui, le client compare, achète aussi en ligne, et connaît les routines TikTok/Instagram. Les chiffres de branche montrent une part de CA revente minoritaire (ex : 7% dans un panel, vs 93% prestations) et des pratiques DIY qui jouent sur les achats hors salon.
Donc on fait quoi ?
- on arrête de “pousser” des produits,
- on vend du diagnostic + prescription (comme une ordonnance beauté),
- on simplifie : 8 à 15 références stars, pas 200.
Exemples de prescriptions faciles à expliquer :
- cuir chevelu gras : shampooing sébo-régulateur + routine espacée
- cheveux sensibilisés : masque réparateur + protecteur chaleur avant brushing
- couleur qui dégorge : shampooing protecteur + soin pigmenté/neutralisant (si adapté)
6) Plus d’établissements, plus d’indépendants, plus de mobilité
Le marché se recompose avec :
- une dynamique d’établissements (salon, domicile) en hausse selon les sources de branche,
- des clients qui acceptent de bouger… si la promesse est claire (expertise couleur, spécial boucles, barber premium, head spa),
- une guerre de l’attention (avis, réseaux sociaux, réservation en ligne).
Le vrai différenciant en 2025-2026 :
- une spécialité lisible (coloriste, blond expert, boucles, barber, soin cuir chevelu),
- une régularité d’exécution (protocoles, timing, accueil),
- une présence digitale simple (portfolio, prix indicatifs, prise de RDV).
7) Les chiffres qui aident à se situer (repères utiles)
Dans le rapport de branche (données 2023), on retrouve des repères macro comme un chiffre d’affaires sectoriel d’environ 5,931 milliards d’euros HT (données 2022, dernières disponibles dans le document), et la répartition employeurs / non-employeurs.
On y lit aussi que, sur 2023, le chiffre d’affaires progresse en moyenne de +4,5% vs 2022, avec des différences selon le type d’établissement (à domicile, indépendants, sous enseigne).
Ce qu’il faut retenir : la coiffure reste un gros marché, mais la performance se joue salon par salon sur : fréquentation, panier moyen, organisation, et différenciation.
8) Plan d’action rapide pour un salon (en 30 jours)
- Audit planning : temps réel coupe/couleur/brushing + retards + trous.
- Refonte carte : 3 niveaux de techniques (balayage S/M/L), option patine, option soin.
- Rituel bac : protocole fixe (mêmes gestes, même durée, même discours).
- Diagnostic écrit : une mini fiche client (couleur, historique, objectif, entretien).
- Revente prescription : 1 produit “nettoyage”, 1 “soin”, 1 “finition” max par client.
- Avant/Après : 2 posts/semaine (lumière propre, résultat, technique, entretien).
Cet article est fourni à titre informatif et général. Il ne constitue pas un conseil juridique, comptable ou financier. Les chiffres peuvent varier selon les sources, les méthodes de mesure et les périodes ; pour piloter votre salon, appuyez-vous sur vos données internes (fréquentation, ticket moyen, marges, temps de service) et sur les publications officielles et professionnelles.
Sources
- UNEC – Chiffres 2025 (données 2024 / panel UNEC-HAIRNET)
- UNEC – Rapport de branche Coiffure 2024 (données 2023)
- Banque de France Webstat – Indice des prix “salons de coiffure et esthétique” (webstat.banque-france.fr)
- INSEE – Indice de chiffre d’affaires : Coiffure et soins de beauté (Insee)
- Le Monde – Évolution de la consommation de services vs biens (contexte 2024-2025) (Le Monde.fr)


