Gestion des serviettes en salon de coiffure : hygiène, organisation et rentabilité
Dans un salon de coiffure, la serviette est partout : au bac shampoing, après un soin capillaire, pendant une coloration, un balayage, une patine, un lissage, ou simplement pour protéger les épaules avant une coupe et un brushing. Et pourtant, sa gestion est souvent “invisible”… jusqu’au jour où ça dérape : rupture de stock un samedi, serviettes qui sentent l’humide, linge qui grise, surconsommation, ou équipe qui perd du temps à chercher “la dernière serviette propre”.
L’objectif de cet article : vous donner une méthode claire pour gérer vos serviettes comme un vrai process, sans vous compliquer la vie, avec une logique inspirée des bonnes pratiques de la blanchisserie (séparation propre/sale, traçabilité simple, prévention des contaminations). La norme NF EN 14065 (démarche RABC) décrit justement un système de maîtrise de la biocontamination en blanchisserie : même si vous n’êtes pas une blanchisserie, sa philosophie aide beaucoup à structurer un circuit propre/sale. (AFNOR Boutique)
1) Définir votre “circuit linge” : le nerf de la guerre
La base, c’est de ne jamais croiser le linge sale et le linge propre.
Circuit idéal (simple)
- Serviettes propres stockées en zone dédiée (armoire fermée si possible)
- Distribution au poste ou au bac (quantité limitée pour éviter le gaspillage)
- Collecte du sale dans des sacs/containers fermés (un par zone si besoin)
- Stockage provisoire du sale (à l’écart des zones clients)
- Lavage / blanchisserie
- Séchage complet
- Retour propre et stockage
En blanchisserie, la maîtrise des risques microbiologiques repose justement sur l’organisation du circuit et sur la séparation propre/sale (principe central de la démarche RABC). (AFNOR Boutique)
2) Dimensionner le stock : la formule qui évite la panique
Le bon stock, ce n’est pas “le plus possible”, c’est le bon nombre pour ne pas tomber en rupture.
Calcul simple (à adapter)
- Serviettes par client :
- Shampoing + coupe/brushing : 1 à 2
- Coloration / balayage : 2 à 3
- Lissage / soins longs : 3 (parfois +)
- Clients/jour × serviettes/client × jours entre 2 lavages × marge sécurité 20–30%
Exemple (facile) :
20 clients/jour × 2 serviettes × 2 jours × 1,3 = 104 serviettes (minimum opérationnel)
Astuce : faites ce calcul sur vos jours forts (vendredi/samedi), pas sur un mardi calme.
3) Trier intelligemment (et protéger vos serviettes)
Le tri améliore l’hygiène, la durée de vie, et la blancheur.
3 bacs = 0 prise de tête
- Blancs (bac shampoing, serviettes client)
- Foncés (si vous en avez)
- Très tachés / chimie (décoloration, oxydant, coloration qui dégorge)
Bonus : pour la coloration et le balayage, utilisez des serviettes dédiées (ou plus foncées). Vous évitez que tout votre stock “haut de gamme” finisse gris.
4) Lavage & séchage : les erreurs qui coûtent cher
Sans entrer dans des “recettes” universelles (chaque textile a ses consignes), il y a des principes incontournables :
Les erreurs fréquentes en salon
- Laisser des serviettes humides en boule trop longtemps → odeurs, risque de développement microbien
- Surcharger la machine → lavage moins efficace
- Mélanger très taché + serviettes “client” → grisaille et transferts
- Séchage incomplet → serviettes qui sentent “le renfermé”
La règle d’or
Sale humide = à évacuer et laver vite.
Même en blanchisserie, les documents de prévention insistent sur l’importance de consignes strictes d’hygiène et d’organisation autour du linge sale. (INRS)
5) Stockage du propre : la qualité perçue par les clients
Une serviette propre, douce, bien pliée, c’est de la qualité de service. Votre cliente le ressent dès le bac.
Bonnes pratiques :
- Stocker le propre à l’abri de la poussière (armoire, tiroir, portes fermées)
- Éviter le stockage près des produits chimiques (décolorant, laque, etc.)
- Mettre en place un FIFO : “premier entré, premier sorti” (vous usez tout le stock de façon homogène)
6) Externaliser ou laver au salon : comment décider
Lavage au salon
✅ Contrôle total, flexibilité
⚠️ Demande du temps, de l’espace, des cycles, du séchage, et une discipline d’équipe
Blanchisserie / pressing pro
✅ Régularité, gain de temps, process déjà structuré
⚠️ Coût au kilo, logistique (ramassage, rotation, pertes)
À noter : la norme NF EN 14065 (RABC) s’adresse aux textiles traités en blanchisserie et décrit un système de management de la qualité microbiologique ; si vous externalisez, c’est un repère utile pour discuter “qualité” avec le prestataire. (AFNOR Boutique)
7) Mettre l’équipe au même niveau : un mini-protocole de 10 lignes
La meilleure organisation du monde ne tient pas si chacun fait “à sa manière”. Faites une mini-affiche en back office :
Protocole serviettes (exemple)
- 1 serviette = 1 client (pas de réutilisation)
- Sale directement dans le bac/sac prévu (pas sur le plan de travail)
- Serviette humide = pas de stockage à l’air libre dans un coin
- Bacs de tri respectés (blanc / foncé / très taché)
- Propre stocké armoire fermée
- Rupture imminente = prévenir (plutôt que “subir”)
Et rappelez un principe général : l’employeur doit protéger la santé des travailleurs via une organisation adaptée (logique santé-sécurité). (Légifrance)
8) Réduire les coûts sans dégrader l’expérience client
Quelques leviers concrets :
- Passer à des serviettes plus résistantes (moins de renouvellement)
- Dédier certaines serviettes aux prestations très tachantes (décoloration)
- Limiter la “distribution libre” (on sort 1 pile par poste, pas tout le stock)
- Former au bon usage : 2 serviettes suffisent souvent pour shampoing + coupe, sauf cas spécifiques
9) Checklist “gestion des serviettes” (à copier-coller)
- Circuit propre/sale défini (et respecté)
- Stock dimensionné (avec marge 20–30%)
- 3 bacs de tri minimum
- Collecte du linge sale fermée + zone dédiée
- Séchage complet systématique
- Stockage du propre fermé + FIFO
- Serviettes dédiées “coloration/balayage”
- Mini-protocole équipe affiché
Ces conseils sont généraux et fournis à titre informatif. Ils ne remplacent pas l’analyse de vos contraintes (locaux, machines, textiles, prestataire) ni les instructions d’entretien du fabricant. En cas d’exigences spécifiques (hygiène renforcée, contraintes réglementaires particulières), faites valider votre organisation par un professionnel compétent.
Sources
- AFNOR – NF EN 14065 : textiles traités en blanchisserie, système de maîtrise de la biocontamination (RABC)
- INRS – Référentiel de bonnes pratiques : textiles traités en blanchisserie (démarche NF EN 14065)
- INRS (PDF) – Démarche de prévention en blanchisserie (organisation, hygiène, contraintes)
- Légifrance – Code du travail : obligation générale de sécurité (organisation et moyens)


