Doseur, shaker, bol : comment bien s’équiper pour réussir ses mélanges en salon ?
En salon de coiffure, la réussite d’une coloration, d’une patine, d’une décoloration, d’un balayage ou de mèches se joue autant dans la technique que dans la préparation. Un mélange approximatif (mauvais ratio, texture irrégulière, produit oxydé, résidus dans le bol) peut impacter la prise de couleur, la brillance, la régularité, et même le confort du cuir chevelu.
Bonne nouvelle : s’équiper correctement en doseur, shaker et bol ne demande pas forcément un budget énorme. En revanche, ça demande de choisir le bon matériel selon vos prestations, votre cadence, et vos exigences d’hygiène. Voici un guide clair et “terrain” pour vous équiper comme un(e) coiffeur(se) coloriste organisé(e), précis(e) et rentable.
Pourquoi le bon matériel change tout (qualité + rentabilité)
Bien s’équiper, c’est gagner sur 4 points clés :
- Précision de dosage
Les colorations d’oxydation, ton sur ton, patines, poudres éclaircissantes… dépendent d’un ratio précis (produit + oxydant / révélateur). Un écart peut modifier la viscosité, la montée en éclaircissement, ou l’uniformité. - Régularité de texture
Une crème mal homogénéisée = application irrégulière = zones plus chaudes/froides, mèche “qui boit”, ou résultat moins fondu sur un ombré / balayage. - Gain de temps au poste
Quand ça enchaîne (diagnostic, séparation, application, temps de pose, émulsion, rinçage, soin), tout ce qui évite les allers-retours inutiles est précieux. - Hygiène et maîtrise du risque
En coiffure, l’entretien et la désinfection des outils font partie des incontournables, notamment pour limiter les contaminations croisées et protéger l’équipe et la clientèle. L’INRS rappelle les obligations et bonnes pratiques de désinfection du matériel en salon.
1) Le doseur : votre arme anti-gaspillage
Le terme “doseur” peut couvrir plusieurs outils. L’objectif est le même : mesurer vite et juste.
A. La balance digitale (la plus fiable)
Pour la coloration technique, la balance est souvent le meilleur investissement.
- Choisissez une balance avec une précision au gramme (voire 0,1 g si vous faites beaucoup de patines/nuances).
- Fonction tare indispensable : vous posez le bol, vous tarez, puis vous pesez produit et oxydant sans calcul mental.
- Astuce salon : mettez une protection fine (film ou protection dédiée) pour éviter les résidus de crème/coloration sur les boutons.
Pourquoi c’est rentable ?
Parce que la surconsommation “au feeling” coûte cher sur l’année, surtout si vous faites beaucoup de racines, de gloss, et de retouches.
B. Le doseur gradué (utile, mais attention)
Les doseurs gradués (verres doseurs, flacons gradués) sont pratiques pour certains usages :
- préparations liquides,
- neutralisations/soins techniques,
- oxydants plus fluides.
Mais pour les crèmes épaisses, la lecture “au trait” peut être moins précise qu’une balance.
C. Le tube-wringer / presse-tube (bonus anti-perte)
Un petit accessoire souvent oublié : presser correctement un tube de coloration réduit les pertes et améliore la gestion de stock. C’est un détail… qui pèse dans la marge.
2) Le shaker : pour des mélanges express et ultra homogènes
Le shaker est particulièrement intéressant si vous faites :
- des patines et gloss à la chaîne,
- des colorations ton sur ton,
- des mélanges nécessitant une texture parfaitement lisse (sans grumeaux),
- des applications rapides type “express” au bac.
Les vrais avantages en salon
- Homogénéité : moins de “micro-grumeaux” qu’au pinceau dans un bol.
- Rapidité : vous secouez, c’est prêt.
- Propreté : moins d’éclaboussures si le shaker est de qualité et bien fermé.
Les points à vérifier avant d’acheter
- Étanchéité du couvercle : ça paraît évident, mais en pratique, c’est LE point faible des shakers bas de gamme.
- Graduations lisibles : surtout si vous utilisez des ratios fréquents.
- Nettoyage facile : un shaker qui garde des résidus dans le pas de vis devient vite pénible (et peu hygiénique).
Quand éviter le shaker
- Décolorations épaisses/poudres très denses : certains préfèrent le bol + pinceau pour mieux contrôler la consistance (et éviter un mélange trop “monté” en air).
- Mélanges où vous ajustez au fur et à mesure (cheveux très poreux, correction de reflet, neutralisation progressive).
3) Le bol : simple, mais pas “au rabais”
Le bol de coloration est l’outil le plus courant, et pourtant il fait une différence énorme sur le confort d’application.
A. Matière : choisissez stable et résistante
- Un bol trop léger bouge, glisse, renverse.
- Un plastique fragile se fissure, garde les pigments, et vieillit mal.
- Certains matériaux se nettoient mieux et résistent davantage aux produits techniques.
B. Forme : la forme “bec verseur” est un vrai plus
- Le bec aide à verser proprement (utile si vous dosez à la balance).
- Les bols avec base antidérapante évitent les accidents au poste.
C. Taille : adaptez à vos prestations
- Petit bol : patine, gloss, racines.
- Grand bol : balayage, décoloration, grandes longueurs, grosses masses.
D. Le pinceau : l’allié du bol
Un bon pinceau, c’est :
- une brosse ferme mais souple (application nette),
- un manche stable (sections propres),
- facile à nettoyer et désinfecter.
4) Hygiène : la règle d’or (et pas seulement “pour faire propre”)
En salon, l’hygiène n’est pas un bonus. C’est une routine de travail, et la désinfection du matériel fait partie des obligations et recommandations en coiffure (INRS).
Ajoutez à cela le fait que la coloration et certains produits techniques peuvent irriter la peau : l’INRS rappelle que la coiffure est un secteur très exposé aux dermatites de contact. Les bonnes pratiques (gants, organisation, nettoyage) protègent l’équipe au long cours.
Routine simple à mettre en place
- Après chaque client : retirer les résidus (brosse + rinçage) puis nettoyer/désinfecter selon vos protocoles et les recommandations fabricants.
- Pas de “bol à tout faire” : un bol qui a servi à une coloration et qui sert ensuite à un soin technique sans nettoyage = mauvaise idée.
- Gants adaptés : pour limiter l’exposition cutanée, surtout en coloration/décoloration. Certaines publications relayées par l’INRS indiquent que tous les gants ne se valent pas, et que le nitrile offre une protection efficace dans certains contextes d’exposition.
Bonus organisation
Préparez un “kit couleur” par poste :
- 2 bols (petit + grand),
- 2 pinceaux,
- 1 balance,
- 1 shaker (si vous en faites),
- brosse de nettoyage,
- spray/désinfectant adapté,
- gants à portée immédiate.
Vous gagnerez du temps… et de la sérénité.
5) Comment choisir selon votre profil (très concret)
Vous faites surtout : racines + patines
- Balance + petit bol + shaker
Objectif : dosage ultra fiable et texture rapide.
Vous faites beaucoup : balayage / mèches / décoloration
- Balance + grand bol stable + pinceau “balayage”
Objectif : contrôler la consistance et l’application mèche par mèche.
Vous êtes en cadence “bar à couleur”
- 2 shakers + 2 bols + 1 balance dédiée
Objectif : enchaîner sans rupture, avec un nettoyage plus fluide.
Les informations ci-dessus sont générales et ne remplacent pas les consignes des fabricants (produits et matériels), ni vos protocoles d’hygiène en salon. Respectez les précautions d’emploi des produits cosmétiques, réalisez les tests/diagnostics recommandés et utilisez des équipements de protection adaptés (notamment gants) selon les situations.
Sources
- INRS – Nettoyage et désinfection des outils et matériels de coiffure (PDF)
- INRS – Dermatites de contact professionnelles des coiffeurs (PDF)
- ANSM – Recommandations de bon usage des colorations capillaires (PDF)
- DGCCRF – Produits cosmétiques : définition et cadre général
- EUR-Lex – Règlement (CE) n°1223/2009 relatif aux produits cosmétiques (PDF)


