Chargement en cours

Sécurité au sol en salon de coiffure : prévenir chutes, glissades et trébuchements

Dans un salon de coiffure, on pense souvent aux ciseaux, à la tondeuse, aux produits de coloration… mais le danger le plus “banal” est parfois le plus fréquent : le sol. Entre cheveux coupés, eau autour du bac à shampooing, sprays, résidus de produits, câbles de sèche-cheveux, chariots qui circulent et clients qui se lèvent avec une cape, le risque de chute de plain-pied (glissade, trébuchement, faux pas) est réel. Et quand ça arrive, les conséquences peuvent être sérieuses : entorse, fracture, arrêt de travail, perturbation du planning, stress pour l’équipe et pour le client.

L’INRS rappelle que les chutes de plain-pied surviennent souvent par conjonction de facteurs : état du sol, encombrement, éclairage, organisation, etc., et qu’elles constituent une cause importante d’accidents du travail. L’objectif n’est donc pas “d’être prudent”, mais de concevoir un salon où l’on ne peut presque pas tomber, même en période de rush.


1) Les situations à risque typiques en coiffure (celles qui reviennent tout le temps)

Autour du bac : la zone rouge

  • Sol mouillé après un rinçage, une émulsion, un shampooing.
  • Éclaboussures invisibles (film d’eau très fin) qui rendent le carrelage glissant.
  • Passage répété (coiffeur + client + apprentis) : la glissance augmente si personne n’a le réflexe “essuyer tout de suite”.

Au poste de coiffage : glissades + trébuchements

  • Cheveux coupés qui “roulent” sous les chaussures.
  • Câbles au sol (lisseur, sèche-cheveux, tondeuse filaire).
  • Chariots et sacs posés “provisoirement”.
  • Fauteuils pivotants : un pas de côté et on marche sur une base, un repose-pieds, un accessoire.

Entrée du salon et vitrine

  • Par temps de pluie : semelles mouillées + tapis insuffisant = patinoire.
  • En hiver : boue, sel, humidité (zone souvent sous-estimée).

2) Ce que dit la logique prévention : agir sur le sol + l’organisation + les habitudes

L’INRS insiste sur une prévention qui combine espaces de travail, sols, ambiances, organisation et sensibilisation : autrement dit, pas une seule “solution miracle”, mais une somme de petits réglages qui, ensemble, réduisent fortement le risque.
Côté obligations générales, le Code du travail rappelle que les lieux de travail doivent permettre une circulation sûre. (Voir notamment les dispositions du chapitre “Sécurité des lieux de travail” sur Légifrance.)


3) Les mesures qui marchent vraiment (et qui coûtent moins cher que les chutes)

A. Choisir un sol adapté à la réalité d’un salon

On ne choisit pas un sol comme on choisit une couleur de mur. Les bons critères :

  • Facile à nettoyer (cheveux + produits) sans rendre la surface “savonneuse”.
  • Résistance aux produits (décolorant, oxydant, sprays, désinfectants).
  • Caractéristiques antidérapantes adaptées aux zones humides (près des bacs).

Astuce : si vous ne changez pas le revêtement, vous pouvez renforcer la sécurité avec des tapis antidérapants de qualité aux endroits stratégiques (bac, entrée, zone technique) — à condition qu’ils soient plats, bien fixés et faciles à nettoyer (un tapis gondolé = risque de trébuchement).

B. L’entrée : un tapis “vrai” et une routine météo

Beaucoup de chutes commencent à l’entrée. Mettez en place :

  • un grand tapis absorbant (pas un petit paillasson décoratif),
  • une routine “jour de pluie” : essuyage plus fréquent + vigilance sur les traces.

C. Le réflexe n°1 : “je renverse = j’essuie tout de suite”

Dans un salon, le sol peut devenir glissant en 10 secondes. La règle d’or :

  • tout liquide au sol = intervention immédiate (même si c’est “juste un peu d’eau”).

Pour rendre ça réaliste :

  • placez une lavette/essuie-sol à portée près de chaque bac,
  • attribuez une responsabilité claire (“qui essuie ?”) quand il y a beaucoup de monde,
  • gardez un produit de nettoyage compatible (pas de produit qui laisse un film gras).

D. Cheveux au sol : la propreté n’est pas seulement esthétique

Les cheveux coupés augmentent le risque de glissade, surtout sur surfaces lisses.

  • Balayage régulier (pas “à la fin de la matinée”).
  • Une petite brosse + pelle disponibles à chaque zone.
  • Dans les périodes de rush : micro-nettoyage entre deux clients (30 secondes qui évitent une chute).

E. Câbles, outils, chariots : la “discipline” du salon

  • Regroupez les prises et limitez les câbles qui traversent les passages.
  • Utilisez des enrouleurs/attaches (et évitez de “laisser traîner” le fil du sèche-cheveux).
  • Définissez une place fixe pour les chariots et sacs : rien dans les allées.
  • Gardez les zones de circulation dégagées (c’est simple, mais c’est le point qui lâche quand on est pressé).

4) L’éclairage et la circulation : voir le risque avant de le subir

Un sol un peu humide se voit mal si l’éclairage est insuffisant ou si le contraste est faible. Vérifiez :

  • zones d’ombre près des bacs,
  • reflets (vitrine, éclairages rasants),
  • marches, ressauts, changements de niveau.

Le Code du travail évoque l’aménagement permettant une circulation sûre : c’est un bon rappel pour éviter les “petits obstacles” (rebords, tapis qui rebiquent, seuils).


5) Chaussures, posture, fatigue : les facteurs humains (à ne pas culpabiliser)

La fatigue augmente le risque de faux pas. Et en coiffure, on est debout, on tourne autour du fauteuil, on se penche au bac. Un salon peut réduire le risque en :

  • recommandant des chaussures stables (semelles en bon état, adhérence correcte),
  • évitant les sols trop “miroir”,
  • planifiant des micro-pauses et des buffers (surtout les journées très denses).

Important : l’objectif n’est pas de “blâmer” quelqu’un qui glisse, mais de faire en sorte qu’un écart de vigilance ne mène pas à un accident.


6) Intégrer la sécurité au sol dans le DUERP (et dans les habitudes)

Les chutes de plain-pied font partie des risques à évaluer et à traiter dans votre démarche prévention. L’Assurance Maladie – Risques professionnels met à disposition des ressources sur la prévention des chutes et rappelle l’intérêt de structurer l’évaluation des risques (DUERP).
En pratique, pour un salon, faites un mini-plan :

  • cartographier les zones : entrée / bacs / postes / labo / réserve,
  • lister les causes possibles : eau, cheveux, câbles, encombrement,
  • décider des mesures : tapis, protocole essuyage, rangement, nettoyage, signalisation temporaire,
  • vérifier régulièrement : “est-ce que ça tient quand on est en rush ?”

7) Mini-checklist “anti-chute” à afficher en réserve (simple et efficace)

  1. Entrée : tapis absorbant + sol sec (surtout pluie)
  2. Bac : essuie-sol à portée + essuyage immédiat
  3. Postes : cheveux balayés régulièrement
  4. Allées : zéro câble qui traverse, zéro sac au sol
  5. Tapis : bien plaqués, pas de coin relevé
  6. Produits : rien qui traîne (spray, flacons)
  7. Fin de journée : nettoyage qui ne laisse pas de film glissant

Cet article fournit des conseils généraux de prévention et ne constitue pas un avis juridique ni une expertise réglementaire. Les mesures à appliquer dépendent de la configuration du salon, des matériaux, des produits utilisés et des obligations applicables (notamment sécurité et accessibilité). En cas de doute, faites valider vos choix d’aménagement et vos protocoles par des interlocuteurs compétents.

Sources

  • INRS – Chutes de plain-pied : ce qu’il faut retenir
  • INRS – Chutes de plain-pied : mesures de prévention
  • INRS – Les chutes de plain-pied (ED 6458 – PDF)
  • Légifrance – Code du travail : Sécurité des lieux de travail (R4224-1 et suivants)
  • Assurance Maladie – Risques professionnels : prévenir les chutes
  • Assurance Maladie – Subvention “Prévention Chutes” (selon conditions)