Calculer son seuil de rentabilité en salon de coiffure : la méthode simple (et vraiment utile)
Entre le loyer, les charges sociales, les produits capillaires, l’électricité, les abonnements, les logiciels de rendez-vous et le temps passé au bac, un salon de coiffure peut “travailler fort” sans forcément gagner correctement sa vie. Le seuil de rentabilité (ou “SR”) sert justement à répondre à une question très concrète :
Quel chiffre d’affaires minimum dois-je réaliser pour couvrir toutes mes charges… et ne pas perdre d’argent ?
C’est un indicateur de pilotage incontournable pour un coiffeur, une coiffeuse, un barber, un salon mixte, un studio de coloration/balayage, ou même une activité de coiffure à domicile (avec des charges fixes différentes). Une fois calculé, vous pouvez fixer des objectifs réalistes de ticket moyen, de nombre de clients, de planning, et surtout prendre de meilleures décisions (prix, prestations, achats, recrutement, horaires, etc.).
1) La définition (sans jargon)
Le seuil de rentabilité est le niveau de chiffre d’affaires à atteindre pour arriver à un résultat “zéro” : ni bénéfice, ni perte. Il se calcule à partir de vos charges fixes et de votre marge sur coûts variables. La formule de référence est bien résumée par Bpifrance Création :
Seuil de rentabilité = Charges fixes / Taux de marge sur coûts variables.
Source : Bpifrance Création.
À ne pas confondre avec le point mort, qui est la version “calendrier” du seuil de rentabilité : à quelle date dans l’année (ou dans le mois) vous atteignez ce seuil. Bpifrance propose aussi une méthode de conversion en jours.
Source : Bpifrance – Calcul du seuil.
2) Étape 1 : lister vos charges fixes (celles qui tombent même sans clients)
Les charges fixes ne dépendent pas (ou peu) du nombre de prestations réalisées. En salon, on retrouve typiquement :
- Loyer, charges de local, assurance pro
- Abonnements (logiciel de caisse, outil de réservation, téléphone, internet, musique)
- Électricité “de base”, entretien, ménage
- Crédit/leasing (fauteuils, bacs, sèche-cheveux, clim, etc.)
- Salaires fixes et charges sociales (si vous avez une équipe)
- Comptable, banque, frais de gestion
- Communication “récurrente” (hébergement site, publicité minimale, outils pro)
Astuce : prenez votre compte de résultat (ou votre tableau mensuel) et classez chaque ligne en “fixe” / “variable” / “mixte”. La distinction fixe-variable est très bien expliquée (avec la notion de charges mixtes).
Source : Compagnie Fiduciaire – charges fixes et variables.
3) Étape 2 : identifier vos charges variables (celles qui augmentent avec l’activité)
Les charges variables évoluent avec le volume de prestations : plus vous faites de coupes, de brushing, de coloration, plus vous consommez.
En coiffure, les principales charges variables sont souvent :
- Produits techniques : coloration, décoloration, oxydants, patines, soins, shampooings, masques, styling
- Consommables : gants, alu mèches/balayage, serviettes jetables, capes, lames (barber), etc.
- Commissions variables (si vous en avez), frais de plateformes, frais de paiement (part variable)
- Une part de l’énergie peut être “variable” (mais souvent on la laisse en fixe si on n’a pas de suivi précis)
Important : ne cherchez pas la perfection au centime près. L’objectif est d’obtenir un ordre de grandeur fiable pour piloter.
4) Étape 3 : calculer la marge sur coûts variables (et le taux de marge)
On passe à la partie “maths utiles”.
- Marge sur coûts variables (MSCV)
MSCV = Chiffre d’affaires – Charges variables - Taux de marge sur coûts variables (TMSCV)
TMSCV = MSCV / Chiffre d’affaires
C’est exactement la logique présentée par Bpifrance : CA – charges variables = marge sur coûts variables, puis on la rapporte au CA.
Source : Bpifrance Création.
5) Étape 4 : calculer le seuil de rentabilité (la formule)
Seuil de rentabilité (en € de CA) = Charges fixes / TMSCV
C’est la formule standard (utilisée aussi par de nombreux experts-comptables).
Source : Compagnie Fiduciaire – calcul du seuil.
6) Exemple complet pour un salon (simple et réaliste)
Imaginons un salon de coiffure avec ces chiffres mensuels :
- CA mensuel visé : 20 000 €
- Charges variables (produits + consommables + frais variables) : 3 600 €
- Charges fixes (loyer + abonnements + assurance + comptable + salaires fixes + charges…) : 12 000 €
Étape A : MSCV
MSCV = 20 000 – 3 600 = 16 400 €
Étape B : TMSCV
TMSCV = 16 400 / 20 000 = 0,82 (soit 82%)
Étape C : Seuil de rentabilité
SR = 12 000 / 0,82 = 14 634 € (arrondi)
➡️ Interprétation : tant que le salon n’a pas réalisé environ 14 600 € de CA sur le mois, il ne couvre pas toutes ses charges. Au-delà, chaque euro de CA supplémentaire contribue au bénéfice (ou à la rémunération du/de la gérant(e) si ce n’est pas encore optimisé).
7) Transformer le seuil en objectif “terrain” (clients, ticket moyen, planning)
Le SR en euros, c’est bien. Mais pour un salon, on veut le traduire en réalité de planning :
a) En nombre de clients
Si votre ticket moyen est de 55 € (coupe + brushing, coupe homme + barbe, technique partielle…), alors :
- Clients pour atteindre SR = 14 634 / 55 ≈ 266 clients/mois
Si vous travaillez 22 jours ouvrés :
- 266 / 22 ≈ 12 clients/jour
Ça vous donne une cible claire : 12 clients/jour pour atteindre l’équilibre. Ensuite seulement, on parle de bénéfice.
b) En organisation de prestations
Le “mix” compte énormément : une journée remplie de petites prestations à faible ticket ne produit pas le même CA qu’une journée avec 2 balayages, 3 colorations, des soins, et des coupes.
Le SR est un bon outil pour arbitrer :
- votre grille tarifaire (coupe, brushing, patine, soin, barbe),
- vos offres (forfaits, prestations premium),
- la vente additionnelle (soins, produits retail) sans forcer : juste proposer ce qui est pertinent.
8) Calculer le point mort (optionnel, mais très parlant)
Le point mort indique “à quel moment vous devenez rentable” dans la période. Une formule courante (en jours) est :
Point mort = SR / (CA annuel / 360) (ou 365 selon les conventions).
Source : Compagnie Fiduciaire.
Pour un salon, c’est utile pour visualiser l’impact des creux (janvier, été), des périodes fortes (mariages, fêtes), et sécuriser la trésorerie.
9) 4 leviers concrets pour baisser votre seuil de rentabilité
- Augmenter le taux de marge sur coûts variables
Négocier les achats, réduire le gaspillage (dosages couleur), optimiser les stocks produits. - Travailler le ticket moyen
Mieux structurer les prestations (diagnostic, soins adaptés, services barbe), ajuster les prix quand c’est justifié. - Réduire les charges fixes intelligemment
Abonnements redondants, énergie, renégociation loyer/assurance, mutualisation, organisation de planning. - Améliorer le taux d’occupation
Moins de “trous” dans l’agenda : rappels, dépôt d’acompte sur grosses techniques, politique anti-no-show, créneaux adaptés.
Les exemples et formules ci-dessus sont fournis à titre informatif et doivent être adaptés à votre situation (statut, fiscalité, saisonnalité, organisation du salon, structure de coûts). Pour valider vos hypothèses et sécuriser vos décisions (tarifs, embauche, investissements), rapprochez-vous de votre expert-comptable ou conseiller professionnel.
Sources
- Bpifrance Création – Seuil de rentabilité (définition, méthode, formule)
- Bpifrance – Calcul du seuil (et conversion en point mort)
- Compagnie Fiduciaire – Comment calculer le seuil de rentabilité (formules + exemple)
- Compagnie Fiduciaire – Charges fixes et variables (définitions, exemples)


