Nouvelle directive européenne produits chimiques : ce qui change (vraiment) pour les salons de coiffure
Entre coloration, décoloration, balayage, patine, oxydant, poudre décolorante, lissage, permanente, neutralisants, sprays et désinfectants, un salon de coiffure manipule au quotidien des mélanges chimiques. Et depuis fin 2024, l’Union européenne a fait évoluer un texte central : la réglementation CLP (Classification, Étiquetage, Emballage), qui encadre les pictogrammes de danger, les mentions d’avertissement et la façon dont l’information est communiquée sur les produits.
Cette “nouvelle directive” dont on entend parler est souvent un raccourci : il s’agit surtout de la révision du règlement CLP, entrée en vigueur le 10 décembre 2024. Elle ne vise pas uniquement l’industrie : à terme, elle impacte aussi la chaîne de distribution et l’usage professionnel, donc… les salons.
L’objectif ? Mieux identifier les dangers, améliorer la lisibilité des étiquettes (y compris en ligne), et renforcer la communication des risques. (Environment)
1) CLP : pourquoi un salon est concerné (même s’il n’est pas “fabricant”)
Même si vous ne fabriquez pas vos produits techniques, vous êtes souvent :
- utilisateur professionnel (vous manipulez et mélangez),
- parfois reconditionneur (vous transvasez dans des flacons, bols, vaporisateurs),
- gestionnaire de stockage et de déchets,
- responsable de la sécurité au poste (protection, ventilation, formation interne).
Le CLP est la base de tout ce qui suit : pictogrammes, mentions “Danger/Attention”, conseils de prudence, et cohérence avec la Fiche de Données de Sécurité (FDS/SDS). (ECHA)
2) Ce qui change avec la révision CLP (en clair, pour le terrain)
A) Étiquetage plus strict et plus “lisible”
La révision renforce la façon dont les informations doivent être présentées pour être plus compréhensibles par les travailleurs et les consommateurs. Cela vise notamment les mélanges (fréquents en coiffure : oxydant + crème colorante, poudre + oxydant, soins techniques). (Environment)
Conséquence salon : vous aurez intérêt à vérifier que vos produits pros ont bien :
- pictogrammes et mentions à jour,
- notices claires,
- et que vos équipes savent interpréter ces symboles (irritant, corrosif, sensibilisant, dangereux pour l’environnement, etc.).
B) Pub et vente en ligne : des règles plus cadrées
Le CLP modernisé encadre aussi la communication des dangers dans les canaux commerciaux. Même si un salon ne vend pas forcément en e-commerce, beaucoup font de la revente de produits (routine cheveux bouclés, shampoing pro, masque réparateur, sérum, etc.) et communiquent sur les réseaux.
Bon réflexe : éviter les messages qui minimisent le risque (“sans danger”, “clean à 100%”, “non toxique”) si cela contredit l’étiquetage ou les précautions d’usage. L’idée n’est pas de faire peur, mais d’être cohérent et prudent.
C) Période de transition : ne pas paniquer, s’organiser
Les révisions réglementaires s’appliquent généralement avec des délais. Concrètement, vous pouvez continuer à voir des étiquettes “ancienne version” pendant un temps, selon les dates de mise sur le marché et d’écoulement des stocks.
Ce qu’on peut faire dès maintenant : mettre en place une routine de contrôle simple (voir check-list plus bas) plutôt que de “tout jeter”.
3) L’autre grand sujet UE : CMR et cosmétiques (colorations, soins, etc.)
Au-delà du CLP, la réglementation cosmétique européenne (Règlement (CE) n°1223/2009) encadre l’utilisation des substances CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques). Le principe est clair : interdiction par défaut, avec des exceptions très encadrées. (Marché Interne et PME)
Pourquoi ça intéresse un salon ?
Parce que des décisions UE peuvent entraîner :
- des reformulations chez les marques,
- des changements d’INCI,
- parfois des restrictions ou retraits de certaines références du marché.
Donc même si vous restez sur vos marques habituelles, votre assortiment “coloration + oxydant + soins” peut évoluer et vous demander d’ajuster vos protocoles (temps de pose, puissance, sensorialité, etc.).
4) Et demain : PFAS et révision REACH (à surveiller, sans spéculer)
Deux dossiers UE sont particulièrement suivis :
- PFAS : l’ECHA a communiqué une timeline d’évaluation pour la proposition de restriction, avec des étapes qui s’étalent jusqu’à la fin 2026 pour l’évaluation scientifique. (ECHA)
- REACH (la grande réglementation sur l’enregistrement et les restrictions de substances) : une révision est au “rail” législatif, donc sujette à évolutions. (Parlement européen)
Traduction salon : pas besoin de changer vos étagères demain matin. En revanche, il est intelligent de :
- rester attentif aux communications des marques et distributeurs,
- privilégier les gammes qui fournissent des FDS claires et à jour,
- éviter les “stocks énormes” sur des produits susceptibles d’évoluer.
5) Check-list pratique : se mettre en conformité sans y passer des semaines
Voici une approche simple, 100% terrain, adaptée aux salons (coloriste, barber shop, mixte, premium).
1) Centraliser les FDS (Fiches de Données de Sécurité)
- Créez un classeur (papier) + un dossier (numérique).
- Rangez par familles : décoloration, oxydants, coloration, lissage, permanente, désinfectants, aérosols.
- Vérifiez que l’équipe sait où les trouver.
2) Étiqueter tout ce qui est transvasé
Vous transvasez dans :
- un spray,
- un flacon pompe,
- une bouteille “maison”,
- un récipient de nettoyage,
- un bol “pré-mélange” ?
Au minimum : nom du produit, précautions essentielles, et éviter les contenants anonymes.
3) Sécuriser le stockage
- Séparer ce qui est incompatible (ex : oxydants / certains produits réactifs).
- Ventiler la réserve si possible.
- Mettre hors de portée client et enfants (si salon familial).
4) Renforcer les gestes barrière “coiffure”
- Gants adaptés (nitrile souvent préféré, selon produits) pour coloration/déco/neutralisants.
- Crème barrière peau si nécessaire, lavage des mains doux (sinon dermatites).
- Aération au bac, au labo couleur, éviter l’inhalation prolongée de poudres/aérosols.
5) Déchets et restes de produits
- Ne pas “liquider” n’importe comment.
- Prévoir une filière adaptée selon vos obligations locales (collecte, prestataire, etc.).
- Former l’équipe à la gestion des petits déversements.
6) Faire vivre le protocole au quotidien
Un protocole n’est utile que s’il est utilisé :
- briefing rapide en équipe (10 min),
- affichage simple au labo (gants, aération, ordre de mélange),
- rappel sur les cas sensibles (cuir chevelu irrité, allergies connues, grossesse, asthme…).
Conclusion : une contrainte… qui peut devenir un marqueur de professionnalisme
La mise à jour européenne sur les produits chimiques (révision CLP) n’est pas là pour compliquer la vie des salons, mais pour mieux informer et mieux prévenir. Un salon qui maîtrise :
- l’étiquetage,
- les FDS,
- les bonnes pratiques au poste technique,
- et la traçabilité minimale…
… renforce la confiance client et protège aussi la santé de l’équipe (coiffeur, apprenti, coloriste). Dans un marché où l’expérience compte (diagnostic, soin, routine, brillance, tenue du brushing), la sécurité et la rigueur deviennent un vrai élément de qualité.
Cet article est fourni à titre informatif et général. Il ne constitue pas un avis juridique ou réglementaire personnalisé. Pour votre situation, référez-vous aux textes officiels, aux FDS des produits utilisés et, si besoin, à un conseiller prévention/organisme compétent.
Sources
- Commission européenne – Classification, étiquetage et emballage (CLP) (révision entrée en vigueur le 10 décembre 2024) (Environment)
- ECHA – Révision CLP : entrée en vigueur et objectifs (ECHA)
- Commission européenne – Substances CMR dans les cosmétiques (règles et principe d’interdiction) (Marché Interne et PME)
- ECHA – Calendrier d’évaluation de la restriction PFAS (ECHA)
- ECHA – Dossier PFAS (points clés et contexte) (ECHA)
- Parlement européen – Suivi législatif : révision REACH (Parlement européen)


